Un filme de Dieu The shadowless sword

(The legend of) The Shadowless Sword. Kim Young-Jun. (Corée)
Voilà un film bien joué et bien réalisé. Il est inutile de passer en revue toutes ses qualités esthétiques, la beauté des images (je pense en particulier aux combats sous l’eau) relève de l’excellence.
Ce qui m’interpelle dans ce film (malgré quelques faiblesses scénaristiques), ce sont les personnages et les éléments qui le rapprochent de ma propre écriture.
Le titre invite à rompre avec le réalisme. Nous sommes dans la légende, dans la fantaisie, le rêve, bien qu’encadré par le réalisme, est au centre de l’œuvre. J’apprécie l’honnêteté et la cohérence du réalisateur qui permet aux personnages de s’envoler à l’occasion et qui parsème le film d’éléments à même de rappeler que nous sommes là hors du réalisme. Il assume pleinement ses choix de s’inscrire dans l’épique qui se doit d’être aussi du domaine du merveilleux.
Le fonctionnement des personnages en couple antithétique évite l’écueil du mal et du bien. Si le prince Daejeonghyun et Yeon Soha représentent sans nul doute le Bien, le couple Mae-Gun Hwa Pyung est plus dans l’ambigüité. On constate en effet assez rapidement que Mae agit par amour pour Gun, tandis que celui-ci est, d’une certaine façon, la victime des complots dont il n’est pas à la base responsable. La mort de son père constitue le moteur de sa rancœur tenace et de sa volonté de vengeance. Il est le parfait écho de Soha, chacun prenant néanmoins un choix opposé.
Soha est le personnage central par l’importance qu’elle donne à l’épique. Les scènes qui renvoient à son enfance, au-delà de la valeur explicative, émeuvent par l’injustice qu’elle a subie et qu’elle a transformée en volonté de faire le bien. Il y a chez elle de l’ange, un ange épique certes, mais un ange tout de même. La rigueur et la noblesse de son esprit sont exceptionnelles et, à mon sens, elle est une superbe expression de la féminité.
On pourra trouver cette approche paradoxale en ce sens que la femme-guerrière peut paraître dotée de qualités viriles. Pourtant, la générosité et l’abnégation sont le propre de l’excellence de la féminité qui, bien avant de rechercher son plaisir, cherche à protéger les siens.
Excellent aussi est cet art qui en fait un personnage passionné sans les extravagances de la passion.
La Vie et le Jeu sont là aussi. L’art n’est pas là pour autre chose. Ce film en est une superbe illustration.

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